Le Subspace Silencio, un goût d’inachevé

« What did you expect from us ? ». Beaucoup de choses, et c’est bien là le problème. Parce que j’aime les scenarii, quand je vois passer l’évènement sur la toile, je m’empresse de contacter l’organisatrice pour obtenir un complément d’informations. Je suis la première à m’inscrire, selon un tweet dont j’ai pris connaissance dernièrement. Je me réjouis d’avance, connaissant la qualité des prestations de mon interlocutrice. J’ai déjà participé à quelques autres évènements, dont l’Atelier MinimaL SM en février 2016, que j’avais particulièrement apprécié. Et j’attends avec patience durant les cinq semaines qui me séparent de cette nouvelle expérience. Une sorte d’exaltation cérébrale.

La communication informative par email est bien dosée et me maintient agréablement en haleine. Ce que j’ai compris de la soirée : un jeu de rôle dans lequel je serai plongée en tant qu’actrice, et dirigée par une équipe de performeur.euses de grande qualité. Un meurtre est annoncé, suivi d’un interrogatoire propice à tout débordement.

Peu de temps avant le jour J, je reçois le descriptif de mon rôle pour la soirée : “Dorothy Vallens. Vous êtes médecin urgentiste dans la vie. Vous êtes empêtrée dans une relation avec Franck Booth, une histoire qui a des airs de ressemblance avec Blue Velvet, un des plus beaux films de David Lynch. Vous êtes victime d’un chantage sexuel de Monsieur Eddy, par ailleurs propriétaire du tripot La Madelaine, car vous lui avez demandé de vous trouvez quelqu’un.e afin d’éliminer Franck Booth”.

Vent de panique. Je ne connais pas ce film, mais j’ai adoré Mulholland Drive. Mon cerveau crépite. Je m’imprègne du personnage en regardant des extraits du film, faute de temps pour le voir en entier. Génial, j’ai un rôle intéressant dans l’intrigue, ça va être stimulant. Je me mets un peu la pression : il faut que je retienne les noms des personnages, car je suppose que je vais forcément interagir avec eux.

“Votre dress code : vous porterez une robe en velours bleu (ou d’une autre couleur, la matière étant plus importante)”. Sachant que je ne peux pas arriver directement dans cette tenue, je réussis à me changer dans la cage d’escalier de mon amireux, qui par chance habite dans le quartier, par une température glaciale. Cette préparation est somme toute excitante, car il m’importe de suivre les instructions à la lettre. “Votre heure d’arrivée est 17h36”. J’adore cette exigence de ponctualité. Dans mes jeux bdsm, j’aime prêter attention aux détails car ils font toute la différence pour moi. Jusque-là, je jubile.

Je me retrouve à l’adresse indiquée, avec un doute sur l’entrée principale, et d’autres participants sont également là à se questionner, alors que nous n’étions pas censés nous croiser en mode démasqués. J’entre à l’heure précisée, mais deux autres personnes me précèdent à l’accueil. Hum… ça sent la désorganisation. Pas de vestiaire pour le sac à dos et le manteau, et je dois me coller l’étiquette de mon personnage sur le velours de ma robe : mission impossible. J’enfile un masque dont la rigidité me gênera toute la soirée. Arrivée dans le cabaret, plusieurs personnes sont déjà installées dans les rangs, et comme je ne suis pas accueillie, je décide de m’assoir en haut des gradins de façon à pouvoir observer le lieu. Une hôtesse vient rapidement m’indiquer de revenir à l’entrée. Visiblement j’aurais dû attendre… La plupart des participant.es sont des hommes, ce dont je me doutais. Les hôtes sont majoritairement des femmes, en tenues coquines. Une sorte de mise en scène se met en place, tentant de nous mettre dans l’ambiance cabaret annoncée. Mais les client.es n’ont pas l’air de prendre leur rôle au sérieux, ce qui ne m’aide pas à entrer dans le mien. Je dérape aussi lorsque je réponds aux animateur.trices. C’est pas gagné.

Je reste assez insensible durant tout le spectacle, les performances étant globalement du déjà-vu pour moi. Et n’étant que spectatrice alors que je suis venue pour être actrice, je commence à me demander si je ne suis pas déjà blasée de cet univers où je gravite pourtant lentement depuis quelques années. Jusqu’à ce que le serveur demande s’il y a un médecin dans la salle. La cantatrice qui chantait sur scène d’une voix magnifique vient de s’effondrer sur le sol. Changement de rythme, le jeu commence  et mon adrénaline monte d’un cran. Je me lève pour me diriger vers la scène, ne sachant pas du tout ce que j’allais pouvoir y faire. Improvisation ! j’adore. Le serveur me souffle l’idée d’un bouche-à-bouche que je ne me sens pas de réaliser. La salle est alors envahie par l’équipe de sécurité, tout le monde les mains en l’air, dos au mur. Je me sens alors prise dans une nouvelle énergie, le flot créé par le jeu, ça commence enfin à me plaire.

Nous sommes embarqués dans une autre pièce faisant office de commissariat, où nous découvrons tous les accessoires qui vont possiblement être utilisés sur nous. Les répartitions sont faites rapidement : je suis prise en mains par Franck, qui devra s’occuper en même temps de la seule autre participante. Il va nous interroger de manière musclée derrière un rideau noir, m’empêchant de voir ce qui se passe à côté. C’est à partir de là que je me suis ennuyée, bien que finalement les trois heures passées dans ce lieu ait défilées assez vite. Je tente de provoquer mon interlocuteur, de manière rebelle, histoire de jouer un peu. Cela n’a pas grand impact sur son jeu lassant d’interrogatoire qui se répète. Je découvre l’usage de l’électricité dans les jeux, sans autre intérêt que celle de la nouveauté. Un shibari qui me met mal à l’aise, une badine mal placée, un doigté brutal. Je n’éprouve aucun plaisir.

Visiblement, ce sont bien plus les scenarii et mises en scène où je peux être active, que les pratiques bdsm en elles-mêmes qui m’intéressent, surtout dans un cadre public où l’intimité n’est vraiment pas de mise. J’ai imaginé une soirée bien plus interactive, j’ai peut-être trop perçu le côté improvisation non maîtrisée, excusée par un contexte difficile. J’y retournerai pour vérifier. Je n’aime pas le goût de l’inachevé.

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