Pour une première fois en public, j’ose !*

3h30, l’heure affichée sur mon téléphone quand je sors de cet antre. Je compte. Je viens donc d’y passer 6h, et le temps m’a semblé beaucoup plus court. Pourtant, j’ai généralement une bonne notion du temps qui passe. Sauf quand je suis emportée ailleurs, soit par un état modifié de conscience (sans substance, je parle de méditation, hypnose, magnétisme), soit par une ambiance particulière. Je n’en avais pas forcément conscience ce soir, c’est l’heure qui vient de me l’indiquer. Je suis repartie avec tes mots offerts comme un débriefing. Tu dis avoir aimé le toucher, la tendresse, la sensualité aussi. C’est nouveau pour toi et très agréable, complémentaire même. Tu avais déjà été attachée, suspendue aussi, et tu aimes ça sans courir après. J’ai joué avec ta sensibilité et j’ai été emportée. Apparemment le public aussi, j’en ai eu quelques échos.

Je comprends que ton rigger va bientôt entamer la suspension. C’est le moment propice pour te laisser seule avec ton corps. Je termine mon voyage en collant mon visage dans ta nuque, geste qui avait eu l’air de te plaire précédemment. Tout en douceur et en subtilité, suffisamment proche pour que tu sentes ma respiration lente et chaude. Le souffle de mes énergies sensuelles. Je tourne lentement autour de toi, mes mains continuellement posées sur ta peau, au rythme des déplacements de celui qui est en train de t’attacher. C’était sa condition à lui. J’imagine le flot de sensation sur ta peau, entre la dureté des cordes de plus en plus nombreuses, et le passage de mes caresses.

“C’est bon, tu peux te laisser aller, le jeu va commencer”

Tu te laisses rapidement envahir par ma sensualité, je le sens, je le vois, je suis aux aguets des moindres signes de satisfaction ou d’inconfort. Je pars à la rencontre de la moindre parcelle de ta peau, j’approche des zones les plus sensibles, je m’en éloigne. Une danse, je te dis. Je prends soin de ne jamais toucher tes parties génitales, ni tes seins, comme je te l’ai promis. Non pas que tu me l’aies demandé, mais parce que justement cela ne faisait pas partie de mes envies. Je ne fais que passer autour, juste assez pour éveiller le désir en toi. J’ai de la chance, tu es expressive. Le public ne le voit peut-être pas, mais moi je perçois chaque frémissement de ta peau, chaque micro tressaillement quand mes ongles entrent en scène. Il se dégage forcément quelque chose de cet échange. Peu importe, moi je suis en transe.

Je commence par te mettre le bandeau sur les yeux. Tu souris. Les sensations sont tellement différentes quand on a les yeux fermés, et encore plus quand on n’a pas le choix. C’est très subtil finalement, ça n’a l’air de rien mais pourtant l’effet de la contrainte augmente le ressenti. D’autant que tu as déjà les mains liées, et que tu te livres donc encore plus en me faisant confiance. Mes mains se posent sur tes cheveux mi-longs, qu’elles remettent en place, et effleurent ton visage, comme pour te donner le signe de l’apaisement. “C’est bon, tu peux te laisser aller, le jeu va commencer”. Je dose mon toucher entre le massage et la caresse, de l’effleurement presque imperceptible à la pression insistante. A plusieurs reprises, ma main enserre légèrement ton cou, comme pour te soumettre, le signe que tu es à ma merci, juste à cet instant.

“Je suis inspirée pour te bander les yeux et parcourir ton corps de caresses, est-ce que ça te tente ?”

Je sais qui tu es, bien que l’on se connaisse à peine.Tu as rencontré mon amireux lors d’une soirée « kinky » parisienne où nous étions ensemble il y a deux ans, puis tu l’avais accompagnée à une soirée « vanille » où nous avions pu échanger quelques mots d’une banalité conventionnelle. C’est sûrement ce qui a permis que je me jette à l’eau, sans craindre le rejet. Mon lâcher-prise prend enfin le dessus, sans autre artifice que l’écoute de mes envies. Un grand moment. Dans un élan que je ne freine plus, je monte une à une les marches de la scène située en plein milieu du loft, autour de laquelle les convives peuvent observer le show. Je porte une robe en plastique transparent orné de tentacules, et un boa qui me servira de foulard si tu acceptes ma proposition. Le thème de la soirée : Octopussy et MobyDick.

Tu as les yeux ouverts, je me présente à toi, je te souris et m’approche de ton oreille : “je suis inspirée pour te bander les yeux et parcourir ton corps de caresses, est-ce que ça te tente ?”. Un des leitmotivs de la soirée, c’est le consentement. Un lieu d’expérimentations incroyables pour apprendre à demander, et non plus simplement suggérer ou jouer aux médiums par supposition. Tu acceptes avec un grand sourire, l’idée te séduit tout de suite visiblement. Tu précises qu’il faut demander l’accord de ton rigger, et que tu souhaites que je m’arrête avant la suspension où tu ne sauras pas en profiter pleinement. Il acquiesce également à la condition que je ne le gêne pas dans ses mouvements. Je le rassure, je connais bien le jeu des cordes.

Pour une première fois, j’ose en  public

J’observe de loin un jeu qui débute sur la scène. Une performance de shibari se prépare, comme j’ai pu en voir depuis 4 ans que j’ai découvert cette discipline, en tant que modèle, puis en tant qu’attacheuse. Tu as un joli corps aux courbes douces, pas forcément un canon de beauté, juste un corps qui dégage de la sensualité, des rondeurs où il faut, juste assez pour me donner envie. J’écoute ce qui se présente à moi. Je te vois les yeux ouverts, je pressens que tu apprécierais peut-être un autre contact pour voyager encore plus dans les cordes. J’en sais rien, mais c’est ce qui me vient. Tout simplement, à ta place, j’aimerais.

Mon mental m’informe que cela ne se fait pas de s’immiscer dans un jeu comme celui-là. Soit. Je m’approche néanmoins de la zone de spectacle, cherchant à divertir mon cerveau avec un autre centre d’intérêt. Sans succès, l’idée devient obsessionnelle. Je trouve finalement un fauteuil très confortable situé juste en face de l’estrade et m’y installe en mode voyeuse. C’est maintenant l’envie d’exhibition qui se présente à moi, il me semble qu’une danse sensuelle pourrait être agréable aux yeux des convives. Je ne résiste plus, je me jette dans le grand bain. Et bien m’en a pris. Pour une première fois en public, j’ose.

*en mode Irréversible, le film

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7 commentaires sur « Pour une première fois en public, j’ose !* »

  1. une orientation différente de la 3ème partie de mon texte sauf pour la chute de déroulant dans un donjon où les limites sont repoussées

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