Escort ou pas ?

Il y a huit ans pile maintenant, je devenais célibataire pour la première fois de ma vie. C’est à dire que depuis mes seize ans et demi, j’ai toujours été en couple, et je les ai tous enchaîné sans coupure, après les avoir tous trompés. Comme je déteste la tromperie, la trahison, l’adultère, le mensonge et la malhonnêteté, je n’aurais pu me regarder dans la glace bien longtemps après avoir écouté mes envies. J’ai donc trompé mon partenaire, mais je suis partie immédiatement après, à chaque fois. Ce fût des ruptures toutes aussi rapides et radicales les unes que les autres, mais une fois que j’avais fait cet acte insupportable, je ne pouvais plus revenir.

Un seul aurait sûrement pu accepté une situation de polyamour, possibilité que je ne connaissais pas à l’époque, et qui ne m’a pas vraiment effleurée l’esprit non plus (j’aurais pu l’inventer…). L’homme le plus altruiste que j’ai rencontré à date, avec lequel en deux ans et demi de relation en couple et huit mois de vie commune, je n’ai jamais eu de prises de tête. Toutefois, pas certaine que cela soit un gage de durabilité non plus, car je me suis ennuyée au point que, l’aimant toujours, j’ai été cherché ailleurs ce qui manquait à mon épanouissement, et j’ai trouvé. J’ai cependant eu la chance de connaître cette plénitude et cette sérénité dans une relation, tout l’inverse de ce qui allait se produire huit ans plus tard. Je sors donc de ma dernière longue relation, avec maison au pluriel, enfant au pluriel et même le chien. Je suis abîmée, physiquement mais surtout psychologiquement, épuisée par six ans d’engueulades à répétition, de ruptures dont le rythme mensuel devenaient insupportables, et surtout de perte totale de confiance en moi. Il avait réussi à me rendre dingue de lui, et aussi dingue tout court.

J’ai donc 37 ans et trois enfants, persuadée que plus personne ne voudra de moi, ayant totalement perdu toute image positive de mon physique, à force de devoir me rendre non attirante pour éviter les crises de jalousie répétitives et inexplicables à mes yeux. Cependant, ma libido n’a jamais baissé, que ce soit pour lui, avec lui, ou de manière générale. Passé les premières semaines de reconstruction matérielle, incluant déménagement avec la seule amie qui me restait à l’époque, et organisation en garde alternée pour les enfants, je me suis demandée comment j’allais pouvoir assouvir mon appétence sexuelle qui n’a pas tardée à se faire sentir. C’est alors que naturellement, j’ai pensé à utiliser les services d’un escort boy. Cela me semblait si évidemment. Je pourrais alors choisir le physique, les compétences, et surtout ne pas risquer un refus, des sentiments, une privation de liberté et tout ce qui me faisait horreur. En payant, il devrait tout simplement être à mon service et satisfaire mes envies.

Mon amie a trouvé l’idée parfaitement saugrenue, alors que je me disais pourquoi pas, puisque les hommes le font eux. Et de m’expliquer que je n’ai pas besoin de cela en étant une femme, qu’il suffit de sortir pour rencontrer des hommes, que cela se fait facilement, et caetera, et caetera… Possible qu’elle ait raison, mais moi je n’ai jamais dragué, je n’ai jamais été “en chasse”. Le premier était l’ami d’une cousine, le deuxième un copain de fac avant tout, le troisième un collègue de travail et le quatrième l’ex d’une cliente (enfin de la comptable d’un client). Je les ai tous connu plus ou moins longtemps avant de démarrer une histoire d’amour, de quelques semaines à plusieurs années. Je n’ai jamais eu de coup d’un soir, je suis bien trop timide et surtout sapiosexuelle pour cela (ce que je découvrirai ensuite). Toutefois, avant de dépenser de l’argent sans garantie, j’écoute son conseil et je sors seule pour aller vérifier ce dont je suis capable. C’est alors que je rencontre mon premier sexfriend, mon premier crush, mon premier plan cul, avec la suite que l’on connaît, sans avoir eu finalement jamais plus “besoin” de recourir aux services d’un professionnel.

“Ce qui me fait jouir, c’est la puissance du désir de l’autre pour moi… peut-être… tu crois ?”

Alors, quand j’ai découvert la vidéo de Solange te parle sur son expérience avec un escort, j’ai souri. Elle a osé faire ce que j’avais en tête, en ayant eu l’impression d’être incomprise. Je me suis sentie tout à coup moins seule. Sa vidéo s’appelle : “J’ai testé les services d’un escort”. Je la revois, et j’ai les mêmes frissons que la première fois. Cette fille me dresse les poils, dans le bon sens du terme. Elle évoque les débuts de sa sexualité avec la masturbation, tout l’inverse de moi qui ait appris à me faire jouir qu’à partir de cette période de célibat. Sa démarche aujourd’hui provient d’une envie d’avoir un homme à son service, sans avoir à se préoccuper de l’autre, ce qui la déconnecte de son propre plaisir. Qui de mieux pour cette expérience qu’un professionnel ? La démarche me semble aussi saine que la mienne en effet, pas de faux semblant, pas d’engagement, pas de paraître. Elle est évidemment sapiosexuelle et/ou cérébrale : elle retient un profil parce qu’il a indiqué “bac+5”, elle relève les fautes d’orthographe d’autres et cela semble rédhibitoire. Quand elle arrive enfin à trouver celui qui va lui donner envie, elle retient une plage horaire à l’hôtel de trois heures, ce qui me rappelle mon dernier récit au Love Hôtel ! Serait-ce le temps idéal ?

A J-1 de la rencontre, il la vouvoie (alors qu’elle le tutoie), lui parle de son attente réelle, de son excitation et de son cœur, de son sexe aussi sans envoyer de photos, en lui demandant ce qu’elle préfère (surprise ou pas). Elle le trouve intelligent car il dit assumer sa part de féminité, elle le sent et l’entend et ça l’excite beaucoup, elle. Cette phrase m’a juste procuré un orgasme cérébral, juste le fait qu’elle parle de son excitation à ressentir la part féminine de l’homme. Il a dit qu’il serait à son service, entièrement dédié à son plaisir, qu’il préfère donner du plaisir qu’en recevoir. Là où elle va avoir vraiment du mal, ce qui devient un vrai frein quand on est cérébral, c’est qu’elle a besoin de lui plaire, de le séduire et qu’elle ne le croit pas complètement quand il lui confirme, parce qu’elle sait qu’elle le paie et qu’il n’a pas à être sincère. Elle doute de sa sexitude, ou cela fait tellement partie du plaisir que ça en deviendrait indissociable ? Des rires, des larmes et pas d’orgasme de sa part. Des larmes de tristesse. Elle ne pouvait pas le croire sur sa capacité à lui plaire, parce qu’il ne l’a pas choisi. Et elle dit : “Ce qui me fait jouir, c’est la puissance du désir de l’autre pour moi… peut-être… tu crois ?”. Elle avoue avoir eu plus de plaisirs à envisager la rencontre et à se masturber qu’à la rencontre elle-même. C’est là que j’ai eu mon deuxième orgasme cérébral, moi. La puissance de l’imaginaire et son rôle dans la jouissance féminine !

Cette expérience l’aide à prendre conscience qu’elle a été conditionnée par la sexualité de l’autre, à l’écoute du plaisir de l’autre et du désir de l’autre et en vient à conclure que sa sexualité doit partir d’elle-même, et qu’il est surtout question d’estime de soi, d’amour de soi. Pour elle. Au final, elle a apprécié le service, le soin apporté, sa disponibilité, après avoir compris pourquoi cela ne lui avait pas convenu. Elle conclut que le travail des escorts est une forme de participation à la santé publique. Cette pensée, je l’ai toujours partagée et j’aimerais sincèrement que cette profession soit reconnue et réglementée, encadrée, protégée, compte tenu des risques encourus par leurs membres.

 

Pour en savoir plus : https://www.vice.com/fr/article/9k7mdv/avec-la-travailleuse-du-sexe-qui-a-realise-un-docu-sur-le-travail-sexuel

3 commentaires sur « Escort ou pas ? »

  1. J’ai une amie qui est escort. Elle a des clients réguliers avec lesquels des liens d’amitié ont fini par se créer.
    Elle fait ce métier par goût du sexe extrême (ce sont ses mots) et pour avoir du temps. Mais vous ne l’enfermerez pas dans une maison close !
    Pour ma part, je suis tout à fait convaincu du caractère social des métiers du sexe. Celles et ceux qui l’exercent évitent, je pense, bien des déprimes, des frustrations, des actes désespérés, des violences et autres tourments individuels et collectifs et contribuent à l’équilibre bancal de notre monde tout pourri.
    A l’époque romaine, disons le 1er siècle, aller au lupanar n’était pas mal considéré. D’ailleurs les établissements ont pignon sur rue et tout le monde sait où ils sont (à Pompei par exemple).
    Bien que pronant la tempérance, la morale romaine estime qu’il est mieux d’avoir recours au service des prostituées que de rester là à ruminer sa frustration, laquelle met l’homme sous tension et lui fait faire n’importe quoi !
    Cependant, les prostituées sont souvent des esclaves a qui on ne demande pas leur avis. On ne peut donc pas parler d’escort qui, à mon sens, sont des travailleurs libres (je veux dire, dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui) et indépendants.

  2. Très beau texte et belle analyse de la vidéo de Solange que j’avais vu et surtout entendu. Moi c’est l’écoute de son corps vibrant qui me parle… Et complètement d’accord avec toi sur le dernier point : Ouvrons les maisons closes !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.