Fuck me hard

Cela fait quelques semaines que nous avons vu cette « scène de cul » dans le film “Dépression et des potes”, où une anglaise dénote d’une sexualité plutôt “violente”, finissant par mettre des gifles à son partenaire, en lui criant “fuck me hard !”… Nous en avons ri, car depuis le début, entre nous, ce n’est pas du tout à cette image, bien au contraire. Il aime quand c’est doux, alors nous pratiquons le sexe tout en douceur, caresses, jeux de langue et positions très classiques. Il n’est pas du tout du genre à me retourner dans tous les sens et à me faire l’amour (en mode baise) pendant des heures. Moi, ça me va bien, j’ai envie justement de douceur. Cependant, depuis quelques jours, je sens bien que le naturel revient au galop, et qu’il va falloir reprendre les travaux pratiques, si on ne veut pas sombrer dans une routine sexuelle que je n’ai jamais pratiquée.

Là où tout a commencé

D’aussi loin que je me souvienne, c’est à dire mon premier rapport sexuel à l’âge de 16 ans et demi, je suis comme ça. Dès ma première fois, j’ai pris les choses en main, ou plutôt en sexe (pour ne pas dire chatte). Comme il n’y arrivait pas malgré sa petite expérience de mec de 21 ans (ce qui aurait dû me rassurer sur ses compétences à pouvoir me guider dans ce moment très particulier), j’ai fini par l’escalader pour glisser son sexe tendu dans le mien qui n’en pouvait plus d’attendre (on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Incroyable non ?). Ensuite, nous avons exploré ensemble les joies du sexe en dehors du lit et du missionnaire, pendant environ deux ans. Jusqu’à ce qu’il finisse par avoir trouvé une recette (toujours la même) qui devait le mettre dans sa zone de confort, mais qui ne m’excitait plus du tout. Baiser sur la bouche, léchage des tétons, léchage du bouton, pénétration en missionnaire, éjaculation et orgasme vaginal, dodo. L’ennui au lit fut une raison suffisante pour quitter ma première histoire d’amour au bout de deux ans et demi.

Je l’ai trompé avec un homme dont la taille du sexe ne permettait aucunement de me satisfaire sur le plan de la pénétration. Cela devenait évident pour moi, malgré mon expérience unique, qu’il me fallait un calibre minimum pour ressentir ma jouissance vaginale. Et pourtant il me plaisait beaucoup, ce qui n’a rien à voir évidemment (enfin disons que cela ne suffit pas). Alors, ma deuxième histoire d’amour commence avec un copain de fac que je savais puceau. Sans culpabilité, je me souviens que du haut de mes presque 19 ans, l’expérience me fascinait déjà. Un nouveau truc, qui n’arrivera peut-être plus jamais si c’est l’homme de ma vie, il n’y a pas à hésiter. Ce n’était pas la raison principale de mon attirance pour lui, fort heureusement, mais tout de même… J’avais envie que ça soit moi qui lui apprenne. Avec le recul, je n’ai pas dû être une très bonne éducatrice. Notre relation était des plus sérieuses, et ennuyeuse. Un vrai couple modèle, toujours ensemble, jamais de prise de tête (ma seule et unique expérience dans ce registre, mais il faut dire qu’il est la personne la plus altruiste que j’ai jamais rencontrée). J’ai souvent eu l’impression de lui avoir appris à baiser, pas forcément à faire l’amour… le pauvre !

“Deviens sauvage !”

Voilà ce qui me vient dans un souffle alors qu’il est derrière moi, et que je le sens partir dans un mouvement moins doux qu’à l’ordinaire. Quelques ébats plus tôt, j’avais commencé à sentir une légère différence dans sa façon de me pénétrer, plus intense, plus saccadée. Je sais qu’il préfère quand c’est doux, et cela le fait exploser bien souvent rapidement, du fait de sa sensibilité à fleur de peau. Une chance peut-être qu’un mouvement plus rapide et profond puisse l’empêcher de décoller, à moins que cela ne freine ses ardeurs. C’est un peu quitte ou double mais j’ai bien envie d’essayer quand même. De toutes façons, nous n’avons concrètement rien à perdre. Il sera toujours temps de s’y prendre autrement, maintenant que je sais exactement comment il fonctionne. A chaque nouvelle pénétration, ses mouvements deviennent plus intenses, ce qui ne manque pas de m’exciter, mais aussi de me frustrer car il manque encore un tout petit quelque chose que je ne peux décrire précisément.

Dans nos débuts, j’ai souvent eu honte de mes orgasmes. Je sentais bien ce décalage qu’il pouvait y avoir entre l’intensité qu’il fallait produire pour me les procurer, et la tendresse qu’il semblait vénérer. Il s’y employait aussi avec ses doigts, mais là encore je n’ai jamais atteint les niveaux que je connaissais au préalable. Je me suis questionnée sur le fonctionnement des autres femmes. S’il n’avait pas appris à fonctionner comme moi, c’est que d’autres jouissaient autrement (avec douceur), alors que moi j’en suis incapable. Une petite culpabilité à me sentir encore extraterrestre, et l’angoisse que cela le fasse fuir surtout. Fort heureusement, ma jouissance cérébrale est bien plus importante que ma vaginale, et permet d’élaborer tant d’autres possibilités sexuelles, que je ne peux m’en plaindre raisonnablement. Cela dit, je n’étais pas complètement comblée, d’autant que j’ai compris qu’il n’aimait pas utiliser ses doigts, encore moins des accessoires…

Alors, comment allait-on faire sur le long terme ?

Il fallait que chacun fasse un petit pas l’un vers l’autre pour trouver le terrain sur lequel nous pourrions être tous les deux en osmose. J’ai rangé au placard ma sexualité primaire (celle qui m’a emmenée jusqu’à la fontaine), du moins pour le moment. Il me fallait devenir patiente, ce qui fut chose facile car j’ai confiance en sa capacité d’écoute et d’adaptation. Son intelligence en somme, dont il a fait preuve à maintes reprises. Et puis, c’est tellement meilleur quand ça vient de lui… Lâcher prise et vous serez surprise ! Il n’a donc pas fallu plus de trois mois, malgré un démarrage un peu compliqué, pour qu’il accède à mon mode de fonctionnement. Juste au moment où je commençais à me poser des questions… juste au bon moment ! J’accède à nouveau à mes orgasmes vaginaux chéris. Décidément, cet homme n’en finit pas de me surprendre.

Et pour lui c’est comment ? (Texte de Paul G. pour Lady Erell)

« Moi : « Que j’aime ce sourire ! Beau et large, comme ta bouche. C’est lui que je vois d’abord quand je pense à toi ».
Moi : « J’aime tes yeux, l’expression de ton regard, plus encore quand il se perd dans le mien ».
Moi : « J’aimerais qu’il existe un parfum à l’odeur de tes cheveux »…
Moi : « J’ai envie de te pénétrer par tous les pores de la peau ».
Moi : « Aspire-moi, suce-moi, bois-moi ! »
Moi : « J’ai envie que tu entres en moi, doucement, loin, mais pas avec tes doigts »…
Moi : « Prend-moi comme je te prends ! »
Moi : « J’aimerais que tu puisses éjaculer en moi »…
Moi : « Je te sens partout, je ne sais plus d’où je jouis ! »…

Comment suis-je passé d’un extrême à l’autre, et surtout aussi rapidement ?? D’une vision romantique ou romanesque de l’amour (et donc exclusive (…), pure, quelque peu virginale, largement naïve) à des mots, des expressions aussi cru.e.s ? De notre balade dans les vignes de Sancerre fin novembre à « Tu vas m’avaler, je vais exploser dans ta bouche ! » en janvier ? De nos clichés devant Etretat et ses falaises blanches fin décembre à, quelques semaines plus tard : « J’ai trop envie de te sucer. Je vais commencer par mettre tes doigts de pied un par un dans ma bouche, jusqu’à enfoncer le plus gros dans ma gorge. Avant de m’occuper de ton sexe. En explorer les lèvres avec ma langue puis te sucer le bouton, jusqu’à le sentir vibrer dans ma bouche, au bout de ma langue. Pendant que tu te tords dans tous les sens, me suppliant d’arrêter… » ?

Simplement en laissant notre amour se construire, grandir, se consolider de la sorte. Ou en décidant conjointement que l’on s’aimerait ainsi. En nous organisant méticuleusement des week-ends exclusifs, intégralement consacrés à nous deux, à notre « nous ». Nous les appelons nos week-ends « grotte » – sans sortir de l’appartement, sans nous habiller (…), sans nous laver ou presque, en nous « déscotchant» l’un de l’autre seulement pour manger !

C’est ainsi que nous avons développé, que nous avons fait le lit de notre « amour sale »… pas à pas mais consciencieusement, avec détermination, enthousiasme, voire témérité ! En nous consacrant autant à l’autre qu’à notre « nous » – à nos corps, nos esprits, nos sens, nos envies, nos échanges, nos ressentis, nos émotions, nos sentiments. A la poursuite de notre sexploration. Et l’exploration mutuelle de l’autre, sans limite d’intimité (sexuelle, corporelle, mentale), sans limite tout court ! En parlant puis baisant, puis parlant puis… longuement, insatiablement. Jusqu’à vaincre nos dernières retenues, nos derniers blocages. En passant si nécessaire par des « travaux pratiques » anticipés, avec ou sans accessoires (…). Puis, en débriefant systématiquement à l’issue de nos étreintes. Pour mieux repartir à la quête du prochain orgasme, idéalement synchrone. Sans manquer une occasion ou envie de nous dire ou redire « Je t’aime » – avant, pendant, après le sexe. Comme fondement de notre exploration sensorielle, de notre cheminement conjoint.

Ce qui me fait dire qu’il n’y a pas d’amour sale (…). Il y a de l’amour, tout court. Ponctué par les mots qui nous viennent à deux, ou que l’on laisse échapper vers l’autre. Avec plus ou moins de contrôle, sans calcul, sans préméditation aucune. Pour souligner l’intensité de l’instant, du partage intime, de la jouissance atteinte, de l’excitation qui la précède. Ou tout simplement pour se dire que l’on s’aime. Que l’on est heureux dans les bras de l’autre, dans son regard. Mais aussi pour mieux qualifier le don de soi, l’oubli de soi avec l’autre, ou mieux, dans l’autre (…). Qui peut aller jusqu’à une perte (temporaire) de conscience.

Le romantisme, lui, consiste à imaginer l’amour propre, en l’idéalisant souvent, en le plaçant sur une sorte de piédestal. Alors que l’amour dit sale consiste non pas à rêver ou imaginer mais à faire, à vivre l’amour ! En jouir sans retenue, sans limite (du corps ni de l’esprit). C’est en quelque sorte le Carpe Diem du sexe. La sexploration en couple (ou « trouple » si affinités), passionnelle, potentiellement fusionnelle. Un état permanent de mise sous tension des sens, à l’affut de la moindre occasion ou opportunité, jamais l’un sans l’autre, jamais loin l’un de l’autre. Au risque de ne plus pouvoir respirer quand il ou elle s’absente…

Du coup, j’ai bien moins envie d’être romantique. Ou pas avec elle. Elle, je veux juste continuer à l’aimer. Pleinement, profondément, jour après jour. Comme elle aime que je l’aime. Lui faire l’amour autant que la baiser sauvagement, presque douloureusement, par tous les orifices. L’aimer fort, la baiser fort. Jusqu’à la fin de mes jours. Comme une évidence, l’évidence du dernier amour. Mais là, je redeviens romantique… »

Paul G. pour Lady Erell

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3 commentaires sur « Fuck me hard »

  1. Tu m’as transporté vers un horizon que je n’arrivais pas à qualifier de façon objective , par la seule analyse d’un point de vue « unidirectionnel ».
    À travers ton article, je m’identifie pleinement dans le sens où parfois, baiser hors de ma zone de confort habituel pouvait me faire ressentir une certaine culpabilité de manque de respect pour ma partenaire .
    Et de l’intensité de ses orgasmes , j’avais le sentiment d’une simulation complaisante afin de me faire satisfaire au détriment de son propre plaisir.
    Il est donc des univers consensuels à travers lesquels, agrémenté d’un amour cérébral , une once de « bestialité » (que tu qualifies habilement d’amour « sale ») permet un état de jouissance mutuel venant perturber agréablement une éventuelle routine (non moins agréable).
    Ton article m’a fait voyager vers des destinations connues, mais pour lesquelles mon passeport n’avait pas encore été dédouané…
    Merci Lady Erelle

    1. Merci beaucoup pour ce retour.
      Petite nuance : la moitié de l’article est signé de mon partenaire, c’est donc lui qui l’a qualifié « d’amour sale ». Pour moi, je fais toujours l’amour quand je baise !!

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