Fontaine, et puis voilà !

« Maman ? t’es femme fontaine toi ? », me lance-t-elle, d’un regard malicieux un brin provocateur, comme si elle me demandait de lui passer le fromage au détour d’un repas partagé dans notre nouvelle cuisine. Pour être sûre que l’on parle de la même chose, je préfère d’abord lui demander ce qu’elle entend par « femme fontaine ». Et sans détour cette fois encore, elle me répond « bah, c’est l’éjaculation féminine quoi ! ». Ah oui quand même ! à son âge, je n’en connaissais pas autant. J’en étais tout juste à rouler mon premier palot et mes seins commençaient seulement à pousser. Ma puberté est arrivée tardivement à 15 ans et demi. Elle n’a qu’un an de moins… C’est une copine qui leur a demandé, à l’école, aux copains copines, s’ils savaient ce que c’était qu’une femme fontaine. Parce qu’elle a perdu une grande quantité de liquide. Je finis par lui répondre que ça m’est déjà arrivé, mais pas de manière naturelle. Par stimulation. Mais que oui ça existe, que ça peut être embarrassant quand on ne sait pas, et que oui ça mouille beaucoup. J’adore ces conversations avec ma fille ado. Elle sait que les questions de sexualité ne sont pas tabous à la maison, c’est une question d’éducation.

La théorie de ma fenêtre

Les femmes fontaine ne sont pas un mythe, mais bien une réalité dont on parle peut-être plus facilement aujourd’hui. Elles sont encore un mystère sur le plan physique, très peu d’études réalisées sur le sujet. La principale controverse serait de savoir d’où vient ce liquide, à quoi il correspond. Urine ou pas urine ? De ce que je sais, toutes les personnes équipées naturellement d’un vagin peuvent éjaculées, techniquement. Concrètement, ce n’est quand même pas la même histoire. Pour certaines, l’éjaculation est naturelle et se déclenche par surprise. Par masturbation ou pénétration. Avec certain.es partenaires, et pas d’autres. Seule ou à plusieurs.

J’ai participé cet été à l’atelier de Misungui sur le squirt au cours du festival Erosphère. Cela m’intéressait pour avoir entendu qu’elle avait une approche différente. Et en effet, chez elle, l’éjaculation se produit par stimulation externe du clitoris et de la vulve. Je n’y suis pas parvenue, mais pourtant je sais maintenant la déclencher seule. Il existe aussi la méthode interne très bien expliquée par Charlie Fortenis dans cette vidéo explicite. C’est au cours d’un atelier de la sexothérapeute Elisende Coladan que j’en ai eu connaissance, entre autres informations fort intéressantes. J’ai rencontré Elisende en 2015 lors de la projection du film « Ceci est mon corps » que j’ai tant apprécié. A l’époque, elle faisait une enquête auprès de femmes ayant une expérience de fontaine. C’est donc avec plaisir que j’ai répondu à ses questions.

Les autres femmes

Et puis, il y a eu Stéphanie. Avril 2016. Une rencontre intime avec un couple comme je les fais assidument à l’époque, inscrite en femme seule sur Wyylde, à la découverte du libertinage en mode solo. J’initie les couples au trio, parfois c’est la femme qui est novice, parfois ce sont les deux, parfois c’est l’homme. C’est elle qui me contacte donc, dans l’espoir de trouver une complice pour initier son homme. Elle est prudente, car ce sera aussi sa première fois avec un amoureux. Rencontre dans un café sur Paris, avant de m’inviter chez eux quelques semaines plus tard. Elle est très bavarde, et comme je dois être entreprenante avec elle, je me retrouve presque tétanisée par ce flot de paroles qui ne laisse aucune place à l’action.

Je finis par lui enlever une chaussure pour lui masser pied et mollet. Elle apprécie, et au fur et à mesure de mes caresses plus entreprenantes, l’autre jambe, son ventre, ses hanches… le silence s’installe doucement. Puis, tout s’est enchaîné sous le regard de son chéri. Jusqu’à ce qu’elle lui demande de nous rejoindre. J’ai joui en me masturbant alors qu’elle me doigtait et que lui la doigtait elle. Et puis, elle a éjaculé pour la première fois de sa vie. Ce n’était pas du tout au programme. C’est lui qui a réussi à la déclencher avec ses doigts, et puis nous avons changé de place. Je me suis retrouvée par terre, sous elle qui commençait à s’occuper de lui. Je l’ai léchée, tout en la doigtant sur la partie dure et rugueuse que je soupçonnais être la zone de l’éjaculation (et qui ressemble à celle de la prostate chez l’homme). Et elle s’est mise à couler sur moi, en petit jet, ça coulait dans ma bouche, sur mes seins, c’était improbable et divin. J’ai adoré ça et je lui ai dit « tu éjacules ma belle ! ». Ça l’a fait jouir car elle aime les mots. Comme je la comprends ! elle m’a fait un joli cadeau.

Février 2017. Sauna libertin avec ma complice régulière. Elle a envie d’être attachée dans la partie jeu bdsm, et moi j’ai envie de lui déclencher sa fontaine. Je sais qu’elle en est capable pour en avoir déjà parlé ensemble. J’y suis arrivée très vite, sous les yeux amusés de nos partenaires respectifs du moment. Sauf que ça m’a fait partir en jouissance cérébrale et dans ce cas, je n’arrive plus rien à contrôler. Alors, je me suis arrêtée… ce qui l’a frustrée puisque je n’ai fait que l’activer. Et quand on a repris nos jeux plus tard à quatre, je n’y suis plus parvenue. Mais cela restait bon de se mélanger à plusieurs. Comme chez moi la fontaine arrive après un long frottement qui peut parfois être douloureux, je n’ai pas eu l’occasion d’essayer à nouveau cette pratique sur d’autres femmes. Ce qui ne veut pas dire que ça n’arrivera pas.

Et moi alors ?

Ma première fois date de juillet 2012. Je rencontre Mamadou alias Mam, qui cumulera à lui seul plusieurs premières fois : premier black, première fontaine, première sortie en club libertin, premier trio avec Lætitia qu’il m’aura présentée et qui comptera beaucoup aussi dans mes sexplorations. La soirée fût longue, très longue. Discussions autour d’un verre de champagne, le Monsieur est non seulement beau, mais il est classe et cultivé. Et je n’en suis qu’au début de mes surprises. Après un long massage bien relaxant, il s’occupera de mon bouton avec sa langue jusqu’à la jouissance (ce qui est suffisamment rare pour que je le souligne), puis de mon con avec ses doigts.

Étant multi-jouisseuse, il n’hésitera pas à m’explorer longuement. Presque une sorte d’acharnement dont je ne connais pas encore le sens. Je me laisse faire, complètement détendue et confiante grâce à l’ambiance qu’il a créée. Parfois, les sensations sont presque douloureuses, mais aussi jouissives, alors je ne l’arrête pas. Je me souviens que ça a duré longtemps, douleur et plaisir alternant crescendo, à la limite du supportable. Je me souviens aussi d’avoir éprouvée l’envie d’uriner, et c’était très gênant. Je retenais, encore et encore, et lui de m’encourager à me lâcher. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Mais au lieu de lui demander d’arrêter, je me suis laissée aller totalement et j’ai éjaculé ! un mélange de honte et de plaisir savamment dosé.

Il me faut attendre deux ans pour vivre à nouveau une expérience proche. Cette fois au cours d’une pénétration pénis-vagin, avec toujours l’ingrédient du temps. Parce que ce partenaire ne jouit pas, ou après de longues pénétrations, le frottement finit par me déclencher la sensation découverte la première fois. Et je décide de me laisser aller, de lâcher prise, et j’éjacule pendant qu’il est encore en moi. Quelle ne fut pas sa surprise de sentir le liquide chaud envahir son sexe ! Il a adoré, mais je n’ai jamais réussi à le reproduire. La magie des instants uniques.

Du plaisir au thérapeutique

C’est au cours des deux années qui ont suivies que j’ai le plus exploré cette pratique. Au gré des rencontres avec des hommes expérimentés, et surtout de celui que j’ai appelé mon « sourcier », avec lequel c’était presque systématique, parce qu’il adore les fluides. Avec lui, j’ai appréhendé mon corps et mes sensations de manière assidue, chaque rencontre sexuelle durant au minimum deux heures, à raison de deux ou trois fois par semaine pendant deux mois. J’ai éjaculé de maintes façons, avec doigts, avec accessoires, par devant, par derrière, en jouissant du bouton, en jouissant du con. Il ne s’agissait plus de faire l’amour ou de baiser, mais d’exploser. Des feux d’artifice qui m’ont rendu accro, évidemment.

Après lui, ma fontaine était entraînée. J’éjaculais dès qu’une pénétration était assez longue pour la déclencher. J’ai aussi appris à le faire moi-même, avec mes doigts sous la douche, ou certains accessoires adaptés ou non. C’est là que j’ai commencé à me servir de cette technique à titre thérapeutique. Je m’explique : je suis sujette à des infections urinaires depuis mes premiers rapports sexuels. Sensible, voire allergique à certains spermes visiblement, et également après certaines contrariétés psychologiques. Or, après cette découverte de la sensation liée au squirt, il m’est arrivé d’avoir envie de la déclencher lors de mes infections. Et comme par magie, sans autre remède, non seulement cela me soulage sur l’instant, mais l’infection disparaît rapidement. Pour en avoir parlé avec d’autres femmes expérimentées sur le sujet, il semblerait que je ne sois pas la seule à l’avoir constaté. Le squirt aurait donc un effet nettoyant. Ceci n’engage que moi.

Aujourd’hui, je suis donc capable de me faire éjaculer sur commande, et de mêler ainsi squirt et ondinisme. Mais ça, c’est encore une autre histoire.

4 commentaires sur « Fontaine, et puis voilà ! »

  1. Merci déjà pour cet article très clair, très bien fait et qui ne rajoute pas une couche sur la pseudo polémique du « que contient le squirt »
    et puis bien sur merci aussi pour la citation 😉
    c’est toujours agréable un peu de reconnaissance
    très bonne route sur votre chemin de plaisir

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