Le complexe de la femme-homme : je suis un être bigenre

Je ne suis pas la femme que vous voyez ! je suis bien plus complexe que cela. Et c’est une chance en fait. J’ai des ovaires, mais on m’a souvent dit avoir des couilles. On me qualifie depuis longtemps de mots bizarres : marginal, atypique, pas comme les autres. Qu’est-ce que ça veut dire ? En fait, j’ai souvent dit être tout et son contraire, un paradoxe vivant. Finalement, à bien me découvrir, je suis un être complet. Avec moi, tu perds le contrôle, tu perds tes repères, et c’est normal. Je suis un être bigenre, à la fois masculin et féminin.

La relation aux hommes

Avec moi, les hommes ont parfois la sensation d’être avec leur meilleur pote. Certains m’appellent par mon nom de famille, ce qui évite facilement les questions de genre. Au collège déjà, j’ai été adoptée par un groupe de mecs, et je n’avais qu’une amie fille. Je n’étais pas à l’aise avec les autres filles. Elles étaient comme des êtres fascinants par l’incompréhension que j’avais de leur monde. J’étais, et je suis encore, hermétique aux questions de maquillage, tenue vestimentaire et autres activités de shopping. Je n’éprouve aucun plaisir à faire, encore moins à en parler. Moi, j’aime les débats, la philosophie, la psychologie. Je suis attirée par le concret, le pratique voire le pragmatique. Avec mon amie de la classe de 6ème, nous avions deux activités favorites : écouter de la musique et jardiner. Plus tard, ce sont les histoires de cœur et de cul que je vais partager plus aisément avec mes rares ami.es.

J’ai toujours parlé facilement de sexualité. Et bien sûr, avec les hommes, sans pudeur. Je sais que je les choque, parce que je parle sans filtre, mais rarement de manière vulgaire. Je relève facilement les défis, je n’ai pas froid aux yeux, je n’ai pas peur non plus. Et je mets souvent les hommes au défi de leurs boutades parfois maladroites, quand ils s’essayent au machisme. L’effet de surprise est immédiat, le déroutage une conséquence. Ils s’éloignent naturellement. Je connais le harcèlement de rue, pour sortir mon corps de femme chaque jour sans le cacher. Avec moi, et sans savoir vraiment pourquoi, un simple regard suffit en général à calmer les insistances. Quand un être humain sent qu’il a affaire à plus dominant que lui, il s’éclipse. Ou peut-être parce qu’il ne sent pas la peur de sa proie. Une loi de la nature qui ne nous épargne pas, nous autres animaux de l’espèce humaine.

J’ai horreur du machisme, comme du féminisme. Ils sont pour moi des réactions aussi extrêmes l’une que l’autre, qui ne peuvent avoir d’effet positif pour notre humanité. Bien sûr qu’aujourd’hui le déséquilibre entre les deux genres est encore trop présent, et les mouvements de défense du droit des femmes ont toute leur légitimité. Parce que cette injustice ne devrait pour moi pas exister, je préfère défendre un humanisme visant à réconcilier l’homme avec la femme, à l’intérieur de soi. Si chaque être écoute son masculin et son féminin, alors l’équilibre pourrait se produire. En moi, je n’ai pas eu à les développer : ils étaient là. Je n’ai eu qu’à écouter, qu’à accueillir ce qui venait sans étiquette trop collée, même si parfois elles font du bien. La quête réside dans la liberté d’être, sans jugement envers soi-même. S’affranchir des idées reçues, s’ouvrir à d’autres formes d’existence possible, se libérer du regard des autres.

Ceux avec qui j’ai partagé une longue histoire ont souvent été choisis par moi, se laissant charmer. Beaucoup ont un côté féminin développé, jusqu’à inverser les rôles à la maison. « Je suis un homme dans un corps de femme » : voilà comment je parlais de moi avant de découvrir la notion de bigenre. Les hommes sont d’abord attirés par ma plastique, puis effrayés par mon tempérament masculin ou charmés selon l’équilibre de leur propre polarité homme-femme. Les êtres où le masculin est dominant deviennent alors des amis sincères, plutôt grand frère protecteur de la femme qu’ils veulent voir en moi, et j’aime cela. Ce cadeau vient cajoler la petite fille cachée derrière, qu’ils ont su déceler. Les autres se laissent fasciner sans trop comprendre, s’ils n’ont pas encore conscience de leur féminin.

Les facettes homme

Mon souvenir probablement erroné m’informe que j’ai été éduquée par mon père. Les longs débats politiques, c’est lui. Les longues discussions littéraires et poétiques, c’est lui. L’art par la musique, la peinture, la photographie et l’écriture, c’est lui aussi. Il voulait faire de moi la personne qu’il n’avait pas réussi à être. Cultivée, intelligente, et surtout professionnellement aboutie. Je ne voulais pas le décevoir. Alors j’ai travaillé, j’ai appris, je me suis accrochée et je n’ai pas profité de mon enfance, ni de mon adolescence. J’avais en tête qu’il fallait bosser dur pour s’en sortir. Et puis, je ne voulais surtout pas ressembler à ma mère. Cette femme qu’il avait fait arrêter de travailler pour élever les enfants, alors qu’elle avait un métier à l’extérieur de la maison. Elle est devenue la bonne mère de famille, disponible et serviable, dépendante. Et elle en souffrait, visiblement.

Je voulais donc conserver mon indépendance financière à tout prix. J’ai commencé à travailler à l’âge de 13 ans, sur les chantiers avec mon père qui avait créé son entreprise d’artisan en électricité. Je gagnais un peu d’argent, que j’économisais pour pouvoir m’installer dès ma majorité. J’ai cumulé les petits boulots de baby-sitting et quelques ménages dès mes 15 ans, ma mère étant assistante maternelle à la maison, j’avais l’expérience requise malgré mon jeune âge. Par la suite, j’ai choisi la voix de l’alternance pour apprendre mon métier, puisque j’avais décidé de m’assumer financièrement. J’ai eu très jeune le goût des responsabilités, et j’ai réussi. Aujourd’hui, je suis à mon tour chef d’entreprise, responsable du management de 12 personnes. Je n’ai jamais été dépendante d’un partenaire pour vivre. Et j’en suis fière, en tant que femme libre de ses mouvements, et qui a pu choisir de se sauver quand le moment fût nécessaire. Avant de se perdre dans les méandres de la folie.

J’ai trois enfants, et pourtant je n’ai jamais développé mon instinct maternel. J’ai développé un instinct paternel, très protecteur et en même temps très permissif. Je n’ai jamais peur pour mes enfants, mais je ne vous avise pas de toucher à un de leurs cheveux. Parfois, j’ai pu me sentir louve, prête à tout pour défendre mes progénitures. Je n’ai pas aimé allaiter, mais je l’ai fait quelques semaines parce que j’avais lu que c’était bien et cela me paraissait naturel. Je ne me réveillais pas non plus la nuit, c’est le papa qui s’y collait régulièrement. J’ai confié les premières années de leurs vies à des nourrices bien plus attentionnées que moi, pour ce qui est de s’esclaffer devant chaque petit progrès quotidien. J’attendais patiemment qu’ils commencent à parler pour entrer en réelle interaction avec eux. Et maintenant qu’ils sont plus grands, j’attends leur maturité pour entamer les discussions qui me tiennent à cœur. L’humain n’a d’attirance pour moi que dans sa brillante intelligence. Que ce soit une intelligence structurée ou émotionnelle. Globalement, je peux ne pas les voir pendant plusieurs semaines sans que cela ne m’affecte réellement. Et j’ai toujours la même joie à les retrouver et à passer des moments ensemble. Est-ce que tout cela relève d’un instinct maternel ou paternel ? je ne saurai dire en vérité. Je vois des hommes bien plus affectés que moi par l’absence de leur enfant. Le détachement dont je fais preuve relève peut-être d’une autre pathologie…

Du côté de mes activités, j’ai choisi très tôt le vélo, puis la moto, j’ai toujours aimé conduire et sentir le sol. Je déteste demander mon chemin, par orgueil sûrement, et j’aime partir à l’heure que j’ai décidée. La patience n’est pas une de mes qualités. Je trouve toujours une solution à un problème posé. Je ne suis pas du tout émotive, mais j’ai des émotions. Quand une personne me parle de ses difficultés, je vais l’écouter, analyser les diverses solutions et lui présenter. Je suis plutôt de bon conseil, car mon empathie me permet de cerner rapidement mon interlocuteur. Mais je fais fi souvent des émotions qui me mettent assez mal à l’aise. C’est presque impudique à mes yeux. D’ailleurs, il est rare que je pleure, ou alors quand je suis seule. Je me suis souvent perçue comme quelqu’un sans cœur. A force, je comprends que ça ne se joue pas à ce niveau. Bien sûr que j’ai un cœur et des émotions, mais je préfère les garder pour moi. Ce qui, avec l’acceptation de mon féminin, est en cours de transformation.

Pour ce qui est du côté féminin, c’est donc ici.

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