Voyage en érosticratie

L’érosphère, le plus grand terrain de sexploration et de libération des créativités érotiques. Cinquième édition, trois ans que j’ai envie d’en être. J’ai dû revendre mon billet en 2016, une rencontre m’ayant détournée de cet objectif. Je ne l’ai même pas pris en 2017, toujours pour cause de rencontre déroutante. Mais cette année, j’avais décidé que rien ne m’en empêcherait, et j’ai pris mon passeport 4 jours dès l’ouverture de la billetterie début 2018. Je ne le regrette pas !

Le programme a été diffusé quelques semaines, ou peut-être mois auparavant, mais je ne l’ai pas consulté. Je vis au moment présent, ce n’était donc pas une priorité. Je l’ai quand même imprimé quelques jours avant, histoire d’avoir une petite idée des festivités créatives. L’érosphère, c’est 4 jours, 18 ateliers proposés deux fois seulement sur 3 jours, et une journée d’immersive. Ça veut dire 4 ateliers par jour, à choisir avec soin si je veux ne rien rater. Je n’ai alors aucune idée du rythme que cela représente. L’immersive, on m’en a vanté les mérites, mais j’avoue que c’est ce qui m’attirait le moins, puisqu’il ne s’agit que d’un cadre d’exploration libre. Enfin, c’est ce que je me suis dit à la fin de la première journée.

Donc, en attendant le débriefing d’accueil de la première journée, je consulte enfin l’agenda des ateliers et je réussis assez facilement, en procédant par élimination, à fabriquer MON programme personnalisé. Déjà, l’idée me plaît : personne ne fera exactement le même parcours que moi, il est forcément unique. Je mesure à quel point le truc est rodé, organisé, pensé, réfléchi subtilement, intelligemment. Un gage de qualité à mes yeux. La présentation générale continue de me rassurer sur le côté safe, bienveillant, encadré du festival. Je suis en sécurité pour explorer mes envies, sans obligation, sans être obligée de me battre pour obtenir le respect de mon consentement. Primordial pour pouvoir jouer pleinement avec des inconnus.

Car je suis venue seule. Délibérément seule, ou plus exactement, avec moi-même. Bien sûr, je connais des têtes pour les avoir déjà croisées lors d’autres ateliers, festivals et soirées kinky. Mais je ne connais personne de manière intime, ni personnelle, et cela fait partie de l’expérience. Que vais-je faire avec cela ? rester dans mon coin à vivre mes émotions ? les partager avec des affinités ? laisser venir les autres à moi ou essayer d’aller les chercher ? m’écouter enfin pleinement ou continuer à répondre aux envies des autres ? Le cadre est fixé, je n’ai plus qu’à me lancer. Et je n’ai pas choisi le plus simple pour commencer.

Kamasûtrois et +

Il est à peine 11h. Un matelas, des accessoires de safesex (préservatifs externes et internes, lubrifiant, gants, digues dentaires…), nous sommes quatre. Trois hommes, dont S. qui me connaît sur les réseaux. Je leur annonce d’entrée de jeu que je n’ai pas envie de génitalité à l’heure du brunch ! mais comme ils sont tous les trois bisexuels, cela ne risque pas de gâcher leurs plaisirs. Le but du jeu est d’inventer des positions du Kamasûtra à plusieurs. Nous en avons imaginé de jolies, toutes en sensualité, reproduites devant l’objectif d’une photographe. Nous avons touché les peaux, été créatifs, rigolé aussi. C’était fun mais un peu direct pour commencer. Sur la fin, j’ai eu besoin de m’éloigner du groupe pour retrouver mon énergie. De mon point de recul, j’observais : ils étaient beaux à se câliner, les trois.

Twerk

Comme son nom l’indique, il est maintenant question d’apprendre à bouger son popotin à la façon Twerk. Autant les trucs à plusieurs, c’était vraiment pas nouveau, autant là je sais que ce n’est pas mon élément de prédilection. Cool ! les exercices sont progressifs, et force est de constater que je ne sais pas bouger mon bassin. Je m’applique, je suis là pour découvrir, apprendre, vivre. J’essaie de me détendre, de ne pas me juger, d’écouter les consignes et surtout de me laisser aller à mes sensations. Et c’est là que ça s’est déclenché. J’ai senti une énergie circuler dans mon bassin et plus précisément dans ma zone génitale. Je l’ai laissé me guider et je ne l’ai plus lâché. J’ai reconnu clairement l’énergie des orgasmes que j’ai pu ressentir à travers le tantra et la fascia-thérapie. Séance finie, j’ai conservé cette sensation pour le reste de la journée, comme une douce boule de feu au creux de mes entrailles. Une belle surprise, déclenchée par un processus à renouveler. Il ne reste plus qu’à s’entraîner maintenant !

1Pacte entre nous

Un bel atelier d’initiation aux jeux bdsm, dans un cadre très sain. J’ai fait la rencontre de X, pour qui c’était la première fois. Je ne l’ai su qu’après, quand il m’a dit qu’il avait aimé les sensations que je lui avais fait découvrir. Quelques jeux de martinet et de tapettes sur les fesses, les cuisses, le dos. Et comme d’habitude, mon plaisir est multiplié quand il s’agit d’une initiation, la mienne ou celle des autres. Je lui ai aussi montré comment me déclencher des orgasmes de la voute plantaire… un vrai régal. J’y retrouve aussi B., que je connais mais avec qui je n’ai jamais joué. Il m’initie à un laminage du dos uniquement avec ses doigts. Je suis très impressionnée par l’effet produit, qu’il me faudra tenter à mon tour, le moment venu. Enfin, notre formatrice me donne quelques conseils sur le choix et l’usage d’un fouet, instrument que j’aimerais maîtriser tellement il me fascine. Un seul coup de fouet dans l’air, et je suis en transe.

SM L.A.R.P. : Inquiry

Dernier atelier de la journée. J’ai opté pour le rôle de gangster. Le matin, nous avons reçu une mission : cacher un objet sur nous, sachant que nous allions probablement nous retrouver fouillés à nu. Le scenario ressemble étrangement à un Subspace Silencio vécu quelques mois plus tôt. Une longue présentation intrigante pour un jeu qui n’aura pas vraiment le temps de se mettre en place. Pourtant, tout était là. J’avais même un rôle intéressant, presque clé. Je suis ressortie fatiguée, avec beaucoup de bleus sur mes cuisses, mais ils n’ont pas trouvé le matos que je cachais si bien. Je ne suis toujours pas convaincu par les jeux de rôle bdsm GN, alors que c’est possiblement ce qui m’intéresse le plus. A suivre…

Dialectique du désir

Au matin du deuxième jour, cet atelier sera plus doux pour commencer. Après une heure d’échanges intellectuels sur le sujet du désir, où je me suis trouvée quelques comparses sapiosexuelles, nous avions à mettre en scène une phrase autour du thème. Nous devions éveiller le désir à distance, par téléphone et je dois avouer que nos idées de scenario improvisé et de mise en scène m’ont fort inspirée. Chacun apportant sa touche à la mini-pièce, petit à petit une vraie scène s’est mise en place. Nous étions disposés dos à dos aux quatre points cardinaux, deux ayant la parole, deux autres mimant les mots. Je me suis complètement investie dans le jeu d’improvisation, jusqu’à en perdre parfois le fil conducteur. A l’écoute de mes partenaires que je ne voyais pas, j’ai rattrapé la scène pour retomber sans accroche sur nos pieds. Cet atelier m’a confirmé que le théâtre d’improvisation avait visiblement quelque chose à me dire. A suivre aussi…

Tantra

Une cinquantaine de personnes dans une grande salle, réunie pour nourrir une énorme vague d’énergie. C’est ce que j’ai cru comprendre au début, avec les Yin d’un côté, et les Yang de l’autre. Je me suis positionnée évidemment du côté des Yang, l’énergie circulant de haut en bas, entrant pas le 7ème chakra pour sortir par le 1er. Mais finalement, l’exercice est proposé à deux et je n’ai pas envie de partager mon énergie avec un autre individu. Je décide alors de me mettre sur une estrade, un peu en hauteur. Cela me permet de visualiser l’ensemble de la salle, et surtout de capter l’énergie du groupe, celle qui m’intéresse. Je vais y parvenir et vivre de belles sensations avec moi-même, m’amusant à faire circuler le fluide à travers mon corps réceptif.

Résistance Play

C’est incontestablement l’atelier qui m’a le moins enthousiasmé, et pourtant avec le créateur du festival Xplore. Il s’agissait d’apprendre à dire non, au fil d’exercices progressifs. Mais lorsque les participants ont commencé à exprimer leur refus de manière violente, sous la suggestion du maître de cérémonie, je me suis retirée. Et ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Les cris expressifs des femmes dans les cercles de sororité* m’ont fait le même effet. Il y a quelque chose en moi qui ne peut supporter l’expression de la violence, alors même qu’il s’agit d’un jeu encadré, très encadré même. Je me suis accueillie, restant observatrice des protagonistes, sans fuir, mais en gardant ma distance de sécurité. Cet épisode m’a laissé pensive… méditative.

OlfactiX : l’espace Flair Play

Fin de la deuxième journée avec un atelier que j’attends tout particulièrement. Je vais peut-être enfin déclencher l’orgasme olfactif que je n’ai pas encore atteint dans ma quête de jouissance par les sens*. Quatre groupes possibles, de la sensualité au plus créatif avec les explorateurs. J’ai choisi de rejoindre ce groupe, mais sans partenaire attitré. J’ai joué les renifleurs évidemment, dont le rôle était d’apprécier l’œuvre olfactive des artistes peintres sur le corps des modèles. Mais trop d’odeurs anéantit pour moi toute possibilité d’envol orgasmique. Je reste donc sur ma faim, tout en ayant pu goûter au plaisir de renifler des inconnus. Je remercie le Docteur Enzo pour cette audacieuse proposition.

Percussions corps-pores-ailés

L’atelier a été remplacé au pied levé pour cause d’absence de l’animateur. Tout arrive, et l’improvisation est bien de mise à l’érosphère ! Il nous a été proposé un exercice de massage musical. La seule consigne : masser comme jouer une partition, faire entrer la musique dans le corps. Tout un programme qui me va à ravir. Je me retrouve avec X et S., avec grand plaisir pour avoir ressenti de belles énergies en eux. Un de mes moments préférés, où chaque masseur suit une partie de la musique, l’un prenant les basses et la rythmique, l’autre plutôt la mélodie et le chant. J’ai trouvé ça beaucoup trop court, j’aurais pu en profiter encore des heures et des heures. J’ai remercié chaleureusement l’animateur improvisé qui nous a permis ce beau voyage sensoriel et auditif à trois. Que du bonheur !

Liquide-moi

J’ai choisi le thème de l’éjaculation féminine, bien que je le connaisse assez bien, parce qu’il s’est dit dans les couloirs que Misungui avait une approche différente de ce qui se fait classiquement en la matière. Si tant est qu’il y ait un classique ! Et en effet, elle nous explique son déclenchement par la voie externe, par stimulation du clitoris, et non par la voie interne que j’ai découverte en 2012 grâce à Mamadou. Elle invite surtout à tout lâcher, à tout expulser, sans jugement de ce qui vient. C’est une exploration que j’ai entamé depuis quelques années, qui se met en place doucement, au fil des rencontres qui le permettent. Aucun moyen de déclencher cela seule et en public qui plus est, mais l’enseignement était fort agréable. Ce n’est pas non plus tous les jours que je me caresse dans l’espoir d’une éjaculation féminine en présence d’une assemblée de participants qui en font tout autant. Une scène mémorable !

Trampling et foot fetish

C’est clairement l’atelier que j’ai préféré. Parce que j’y ai exploré des sensations vraiment nouvelles. J’avais surtout envie de pratiquer le trampling, mais pas forcément le « subir ». Toutefois, le switch est de rigueur en érosticratie, et c’est tant mieux. J’ai donc choisi une personne qui se genre au masculin, comme elle me l’a précisé. Sa corpulence généreuse me donnait envie et me rassurait aussi. J’ai aimé lui marcher dessus, et tout autant qu’il le fasse. Ma plus grande surprise fût quand il mit tout son poids, progressivement, sur mon ventre, et que je sentis mon cœur battre sous son pied. Il le sentit aussi, très fort. Une beau moment d’émotions intenses.

OuSexPo

Ce fût un prétexte à orgies. Le premier exercice m’a rapproché de S., homme mature aux yeux extraordinaires à qui j’avais déjà proposé une séance photo. Notre jeu de rôle a vite pris fin, et a laissé la place à une belle discussion intime. Ni lui ni moi n’avions envie d’autres choses. Puis, nous avons rejoint le petit groupe auquel nous étions rattachés au départ et le deuxième exercice a commencé. Un prétexte à orgie, dont je n’avais pas forcément envie, là tout de suite maintenant. J’ai donc rusé, me laissant toucher légèrement, sans dégager d’énergie sexuelle. Une petite dose de sensualité a suffi à faire comprendre aux participants que je n’étais pas disponible pour plus. En petite voyeuse, j’ai apprécié les voir se mélanger autour de moi, parfois contre moi. Et je mets entre parenthèse ce moment où je suis restée volontairement et délicieusement écrasée par le volume impressionnant de F., réalisant possiblement un fantasme inconscient lié à la corpulence.

In fine, je peux clamer haut et fort qu’il y a un AVANT l’érosphère, et un APRES l’érosphère. A faire !

4 commentaires sur « Voyage en érosticratie »

  1. Ce récit detaillé qui donne plus qu’un aperçu de chacun des ateliers complete très bien les différents échanges verbaux que j’ai pu avoir au sujet de cet ensemble d’événements.

    Merci de vous être luvree au jeu du dévoilement du rideau pour susciter l’envie (ça fonctionne parfaitement).

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