Un shooting à l’aveugle, acte 2

Si tu as raté l’épisode précédent, c’est ici.

Nudité primaire

Nous faisons quelques mètres, pour venir m’assoir à califourchon sur un tronc d’arbre recouvert de lichens encore frais. Mon entrejambe se retrouve posé à même la végétation. La surprise est proportionnée à la sensation nouvelle. Il me pulvérise de répulsif à moustiques. C’est aussi une sensation agréable, j’aime qu’on s’occupe de moi. Il n’hésite pas à me toucher pour ajuster mes positions, un toucher des plus respectueux. A aucun moment je ne sens d’intentions déplacées, et pourtant je n’ai pas eu la confirmation des yeux pour rassurer mon instinct. L’expérience prend de la puissance, crescendo.

Le vouvoiement est de mise, et j’apprécie cette distance. Le tronc d’arbre servira à plusieurs clichés, assise, allongée, debout à marcher dessus. Je suis obligée d’ouvrir les yeux, c’est alors que je découvre mon environnement, mais pas encore mon hôte. Le jeu est bien trop plaisant pour qu’il ne s’arrête déjà. Il me dirige vers un endroit qui me fait frémir à l’ouïe : je perçois le bruissement de l’eau. Mais quelle est froide ! et que les moustiques s’en donnent à cœur joie. Quelques clichés pour en finir, avant de revenir auprès de quelques arbres accueillant ma nudité primaire.

Il ne fait pas si chaud que ça, et je commence à être fatiguée. C’est alors qu’il me propose de me laisser rejoindre le parking seule, avec mes chaussures, ma robe ou mon sac à dos au choix. Je choisis la robe, car j’aime marcher pieds nus dans la nature. Forcément, une fois les yeux ouverts, je perds le sens de l’orientation et comme le temps presse, il me laisse marcher devant lui sur le chemin du retour.

Quelques indices plus tard

Je remets mon masque en voiture. Il doit passer acheter un truc sur le trajet. Il est curieux de savoir ce que j’ai imaginé pour la séquence suivante, celle qui doit être bien plus agréable. L’état de souillon dans lequel je suis m’inspire un bain chaud. Et cela me rappelle cette photo vue sur Internet d’une femme dans une baignoire avec des fleurs autour d’elle. Je lui propose de lui montrer plus tard. Il ne répond rien. Seule pour quelques minutes, je profite d’informer les réseaux sociaux de mon avancée : « C’est fou comme le temps passe à l’aveugle. 3h plus tard je n’ai toujours pas vu mon photographe ! ». A peine le temps d’écrire la phrase que je reçois un sms : « Pas de tweet ? ». Il doit être en train de me surveiller… cela m’amuse vraiment. A mon « si », il répond presque immédiatement : « J’arrive ». Juste le temps d’écrire sur Twitter : « Il arrive… je coupe ! ». Très stimulant pour mon cerveau joueur*.

Une fois chez lui, j’investis les toilettes, qui se trouvent dans la salle d’eau. J’y découvre des indices sur mon inconnu, avec le soutien-gorge blanc de Madame, et le peignoir de l’enfant. Il a donc une famille. Tandis que je choisis ma pizza pour le déjeuner sur le dépliant proposé, je repère un pack de six litres de lait à côté de la porte d’entrée, ce qui confirme dans mon esprit l’existence d’un enfant. Il me fait monter à l’étage et m’allonger sur un lit. J’en profite pour me reposer avant le prochain shooting. Il choisit ce moment pour me parler de la petite idée bonus dont il devait me faire part : il aimerait que je me fasse jouir pour réaliser une sorte de photomaton, avant-pendant-après. Je refuse. Il n’insiste pas. Je le ferai un jour, mais pas là. Pour préparer l’ambiance suivante, il fait couler de l’eau et me confirme que j’avais bien deviné ! Je suis ravie.

Un bain de lait !

Une fois glissée dans la baignoire à peine emplie d’une vingtaine de centimètre d’eau, je prends position. J’ai l’impression qu’il y a de la mousse, c’est très doux. Quelques clichés plus tard, il me demande si je n’ai rien remarqué de particulier dans ce bain. Non, je suis tellement détendue et dans l’abandon, que je ne percute pas du tout, mais alors pas du tout. Il faut que j’entrouvre les yeux pour découvrir ce que vous avez peut-être déjà compris : je suis dans un bain de lait ! Mon étonnement est donc encore plus savoureux.

Et c’est seulement quand il me demande si j’ai compris ce qu’il avait acheté, que je saisis que nous allons faire cette photo avec les fleurs dans l’eau blanche. Je n’avais même pas imaginé que cela puisse être du lait. Parfois, je suis si ingénue que je me surprends moi-même. C’est quand même dingue que nous n’en ayons pas parlé auparavant, et que l’envie soit si synchrone. Et l’odeur de ses fleurs quand il les déverse autour de moi, des roses c’est sûr. Je les imagine rouges. Je suis aux anges.

Décidément, sans se connaître, ce garçon de 10 ans mon cadet vient de me faire vivre une, deux, trois voire quatre premières fois en l’espace de quelques heures. Mais la plus grande surprise reste à venir : les fleurs sont en fait de magnifiques pivoines roses, de celles qui figurent parmi mes préférées. Elles sont si odorantes que le souvenir olfactif me poursuit encore. Et il ne pouvait pas le savoir. Je suis au comble de la surprise et je savoure pleinement. Quand je redescends, toujours les yeux fermés, il se place derrière moi et me donne le choix entre ma robe ou découvrir enfin son visage. Il est 13h30.

La libération

Je mangerai donc dans ma tenue la plus naturelle : totalement nue ! Il est brun, grand, fin, muscles secs. Eyes contact : gentil, un peu timide. Il me le confirmera par la suite en parlant des progrès que les séances photos lui ont permis de faire depuis quatre ans. Et je veux bien le croire. Il me demande si je le reconnais. Merde, je doute. On se connaît ? qui, quand, où ? Je lui réponds que cela doit faire longtemps alors… il me fait penser à quelqu’un mais… Il me dit : « Vous m’avez vu hier ! ».

Je ne comprends plus rien. Je suis déboussolée par tant d’émotions durant ces cinq heures plongée dans le noir. Encore un indice : « Rappelez-vous ce que vous m’avez dit dans la voiture ! ». Hein ? quoi ? Il est donc bien le même photographe dont j’ai vérifié les sites ce matin dans mon instant de légère panique. Il a dû bien jubiler quand je lui ai raconté ma petite confusion, en effet. Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences : se faire confiance et suivre ses intuitions. En tous les cas, moi, cela m’apporte bien des ravissements. Vivement les photos maintenant.

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