Ma tête d’épingle

Six juin

Il a dit « je veux faire l’amour à ta peau, à ta bouche aussi », j’ai répondu « et tu fais l’amour à mon âme aussi ? »… Tu es parti comme tu es arrivé, dans un coït, dans un orgasme simultané, dans le plaisir de l’amour partagé.

Une histoire de contraception

Sept mois plus tôt, j’avais décidé de me faire enlever mon stérilet à hormone. Depuis onze ans que je ne sens plus mon cycle (ce côté pratique), et sans aucune autre complication, j’ai à nouveau envie d’être totalement naturelle. Au moment de ma prise de décision, j’ai la ferme intention de rester définitivement célibataire, ayant réussie à être enfin pleinement heureuse avec moi-même, autonome et libre. A l’aube de mes 45 ans, je veux sentir mon corps respirer, percevoir les premiers signes de ma transformation féminine, à l’aurore de ma future ménopause. Le rendez-vous est fixé déjà depuis quelques semaines quand je le rencontre, cet homme qui va bouleverser tous mes projets de vie amoureuse. Et alors que nous venons de passer notre deuxième nuit ensemble (sans arriver à la pénétration), il décide naturellement de m’accompagner à l’hôpital (la première tentative de retrait au cabinet gynécologique n’ayant pas aboutie, trop douloureuse). C’est un des premiers actes d’attention envers moi qui me touchera durablement.

Quelques semaines plus tard, comme prévu, mon cycle réapparaît comme s’il ne m’avait jamais quitté, tel que je l’ai toujours connu : pile à l’heure (28 jours), court, peu abondant et non douloureux. Le bonheur ! Je me sens étrangement très heureuse de constater que mon corps fonctionne toujours aussi bien. Je reprends donc ma vieille méthode Ogino, pratiquée avec succès pendant plus de dix ans, au point que j’ai même eu du mal à tomber enceinte de ma première fille, son père ne voulant pas vraiment d’enfant et comptant très bien les jours… J’instaure donc un calendrier partagé entre nous indiquant le premier jour de lune rouge et la période dangereuse (une semaine complète autour de la date d’ovulation calculée). Cela présente l’inconvénient de manquer de spontanéité parfois au niveau des coïts, aussi je pense sérieusement à me faire ligaturer les trompes, sachant avec certitude ne plus vouloir d’enfant. Après quelques discussions sur le canapé, il déclare ne pas y être favorable et propose de continuer ainsi, en faisant attention.

Alors forcément, quand les anglais n’ont pas débarqué le jour prévu, que j’ai senti mon ventre se durcir inhabituellement, ainsi que des envies de nourriture étonnante, j’ai tout de suite su qu’il y avait une épingle. Je n’ai pas attendu plus de deux jours pour faire un test, qui s’est avéré instantanément positif… la tuile… Nous sommes en phase, nous savons précisément ce que nous voulons, et ce que nous ne voulons pas. Et je suis triste de devoir alors prendre une décision qui prend par ailleurs tout son sens. Le sens que l’on veut donner à la vie, ou le sens de la vie. Va savoir.

Vingt-sept mai

Aujourd’hui, je sais que tu existes pour de vrai, même si je te ressens déjà moins dans mon corps que le jour où le test m’a confirmé mon intuition il y a quelques jours. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour la vie, toute forme de vie. Je crois que la naissance n’est pas au moment de l’accouchement mais au moment de la conception. Alors depuis quelques jours que je sais que tu as choisie mon corps pour t’incarner, je te parle.

L’apprendre m’a rendu triste car la maison que tu as choisi n’a pas de place pour toi. Pour tout un tas de raisons très clairs pour moi, pour lui aussi, que je t’ai déjà expliquées. Et de cela, j’en suis intimement convaincu. Alors quand elle m’a dit que tu allais peut-être partir de toi-même, je n’ai pas été très étonnée. Cela fait déjà quelques jours que je t’ai dit tout cela, et aussi que je te parle, que je pense à ce que tu peux déjà percevoir de mon intérieur, de mon extérieur. Ce dimanche, c’était la fête des mères et mon anniversaire aussi, et bien évidemment j’ai pensé à toi, j’ai pensé que j’étais mère de quatre enfants. Et que c’était agréable pour toi de me sentir joyeuse entourée de tes trois frère et sœurs.

Mais tu sais aussi que j’ai un deuil à faire. L’inverse exactement de ce à quoi on pourrait s’attendre. Le deuil d’une autre grossesse qu’il aurait fallu avortée, quatorze ans plus tôt. Ce geste, je ne m’y suis pas résolue, par conviction, parce que j’avais envie d’enfants, et quelques soient les risques que je prenais alors, presque en conscience. Une intuition que ce n’était pas la « bonne solution » et dont j’ai assumé toutes les conséquences. Comme toi, elle n’avait pas été vraiment désirée, comme toi elle arrivait dans une relation toute neuve, fragile, passionnelle et passionnée. Bien sûr, le contexte et les motifs des décisions à prendre ne sont pas les mêmes, mais je ne peux m’empêcher de faire un parallèle en me disant que je peux aujourd’hui réparer quelque chose à l’intérieur de moi. Une culpabilité d’avoir accepté de me faire autant de mal, par respect pour la vie d’autrui et pour l’envie d’autrui.

Aujourd’hui, je me choisis moi, parce que je m’aime suffisamment pour savoir ce qui est possible pour moi de vivre. Que j’ai besoin de temps pour continuer à remonter la pente, à me reconstruire, et notamment dans une vie de couple dont l’équilibre ne saurait supporter le moindre écart. Il y a déjà tant de choses à faire à deux, sachant que nous pourrions aussi être sept à certains moments (si on rassemble les siens et les miens).

Tu m’accompagnes chaque jour et fais partie de moi. Je suis fière de porter le fruit de l’amour, car oui nous faisons l’amour avec beaucoup de passion à chaque étreinte. Tu ne peux donc être que le résultat de cette union sacrée que j’espère la dernière. Il en a rit en disant qu’on est très fort tous les deux, au point de même réussir à faire un bébé ensemble. Quand je chante, quand je ris, quand je danse, je me dis que cela te berce. Quand je pédale chaque jour sur mon trajet, je te sens bien secoué mais je continue. Quand je mange, je pense aux réserves que je devrais faire pour te nourrir. Il a posé sa main sur mon ventre, et a dit que je ne devrais pas boire dans mon état. Et puis, nous avons tût le sujet.

Il ne reste plus qu’à continuer de t’accompagner, quand tu auras décidé de nous quitter. Avec ton père, nous avons eu envie de nous revoir, puis de nous revoir encore, puis de vivre ensemble au bout de deux mois, puis de nous marier alors qu’il n’est même pas encore divorcé, mais pas d’avoir un bébé.

Trente mai

Depuis lundi, et sûrement même avant déjà, je ne ressens plus ta présence dans mon corps. Je n’ai plus aucun symptôme à part quelques tensions dans le ventre de temps en temps. J’ai même le ventre presque plat, ayant moins mangé aussi ces derniers temps. Aujourd’hui, je pense à toi car malgré tout, je sais que tu es encore là, et que du coup tu as pris l’avion avec nous. Que tu vas voyager, sentir les embruns du bord de mer, le vent peut-être et la chaleur du soleil. J’ai emporté ma cup, en espérant que c’est là-bas que tu décideras de nous quitter. Ton géniteur m’a parlé aujourd’hui de ses souvenirs à la senteur du shampoing Mixa Bébé. Ça lui a rappelé les bains qu’il aimait faire prendre à ses enfants étant touts petits. Je me suis demandée s’il avait pensé à toi à ce moment-là. Mais je n’ai pas osé lui en parler.

Trois juin

Bon alors en fait, je suis enceinte d’un œuf clair qui mesurait 5mm il y a une semaine et maintenant 8mm (je l’ai vu à l’échographie). Normalement, il devrait déjà y avoir un embryon à ce stade. Donc pas d’évolution embryonnaire, il va partir tout seul mais ça peut prendre plusieurs mois. Pas de médicament et une contraception naturelle pendant quelques semaines peut-être. Tant que je n’ai pas d’autres symptômes plus gênants que les gros lolos tout va bien ! J’aime l’idée que je ne sois pas obligée d’avorter. La vie est tellement bien faite. J’avais envie de vérifier que mon corps fonctionnait toujours aussi bien, et j’ai eu une réponse pleinement satisfaisante.

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