La femme et moi, la femme en moi

Nous étions onze femmes, en immersion totale pendant trois jours. Neuf participantes, deux animatrices, un groupe de filles. Tout ce qui me fait peur. Un lieu perdu au milieu de la campagne, dans une nature luxuriante. Une chance, il y a pour moi un moyen de me ressourcer en cas de panique, de sensation d’étouffement ou autres réactions non préméditées. Je m’y rends sereine pourtant, persuadée que je vais y découvrir de nouvelles parties de moi. Et en confiance, celle que j’ai mise sur les deux Nathalie pourtant croisées qu’une fois auparavant.

Un tantra au féminin

Pendant ce séjour, je vais être en contact avec onze personnalités que je ne connais pas du tout, et qui ne se connaissent pas non plus vraiment. Je m’apprête à partager mes repas, mon sommeil, ma solitude. Comme des réassurances, j’ai prévu un bouquin, un casque pour la musique et mon ordinateur pour écrire. Aucun ne servira, bien entendu. En revanche, j’ai croisé des vies. J’ai partagé une tranche de ma vie aussi, au moment présent. Certaines m’ont tout de suite répulsées et/ou attirées. D’autres étaient presque transparentes à mes sens. En conscience, l’effet miroir m’est apparu clairement. Je suis donc allée vers celles qui me faisaient le plus peur. Ou bien elles se sont retrouvées proches de moi.

Elles m’ont touchées, au sens propre, mais surtout au figuré. Chacune leur tour, à leur manière, parfois au détour d’un bout de rien. Je les ai accueillies, sans jugement, telles que je les percevais. Sans agacement non plus, sans rejet. Et je me suis fait surprendre à les aimer, simplement. Elles ont montré leur intimité, et moi c’est ce que je préfère. Pourtant, beaucoup avait un yang affirmé. C’est peut-être aussi pour cela que je me suis sentie en confiance. Pas de chichis, pas de blablas inutiles. Nous étions là pour nous livrer, avec ce que nous avions envie de nous. Au premier tour de paroles, j’ai annoncé la couleur : je ne suis pas à l’aise avec les groupes et encore moins avec les femmes.

Il m’est arrivé d’être gênée par ce qui me semblait de l’impudeur parfois. Surtout dans les expressions corporelles, les souffles, les râles, les larmes, les cris. J’ai accepté cela comme une perception qui m’appartenait. Et je suis sortie du groupe quand cela était nécessaire pour moi. Je ne me suis pas fait violence, tout en percevant que c’était ok pour tout le monde. Aucune rivalité, aucun mépris, aucune agressivité. J’ai particulièrement apprécié de ne pas sentir l’envie, dans le sens de jalousie. Au contraire, un zeste d’admiration, une pincée de fascination, de l’écoute assez, de l’empathie beaucoup, du soutien aussi. La sororité précisément.

La naissance de ma féminité

Je me souviens avoir découvert ce mot lors de mon premier cercle de femmes autour du tambour. Ce n’est pas si vieux que ça. Et pendant les quelques heures passées avec ces femmes, je n’ai pas compris ce que le mot signifiait. Nous étions beaucoup plus nombreuses, je ne connaissais personne non plus mais je ne me suis pas vraiment sentie accueillie. Visiblement, je n’étais pas prête. Je regardais les femmes parfois avec envie, leur féminité et leur sensualité que je ne reconnaissais pas chez moi. Ma démarche a longtemps ressemblé à celle d’un éléphant, et ce n’est pas moi qui le soulignait. Les commerçants me disaient souvent « au revoir, jeune homme ». Aujourd’hui, cela peut m’arriver quand je porte ma tenue de motarde et cela me fait sourire.

J’ai appris à devenir femme très tardivement, au contact du regard des autres justement. L’un de me conseiller sur l’épilation de mes sourcils, inexistante ; l’autre sur le maquillage qui irait bien à mon visage. Professionnellement, j’ai eu besoin de me travestir : porter des tailleurs, des talons, me maquiller, avoir une coupe de cheveux féminine. Mais je n’ai pas tenu longtemps, 7 ans réellement. Je suis tellement plus moi avec mes cheveux courts et mes grosses chaussures plates. C’est une chance oui, mon corps de femme me permet d’adapter à l’envie mes tenues, tantôt féminine, tantôt masculine. Aujourd’hui, en conscience, j’en joue pleinement. La découverte et surtout l’acceptation de ma bigenralité m’amène à ne plus ressentir le travestissement, mais à choisir selon mon humeur du moment la tenue qui l’illustre. La conception d’une valise en devient un vrai casse-tête, ne sachant pas à l’avance quelle personne je serai dans les jours à venir.

Ma relation aux femmes

Et puis, nous avons appris à nous découvrir, d’abord nous-mêmes, puis les autres femmes. Quelle surprise d’être déconnectée d’une certaine sexualité. Je ne pensais pas pouvoir aborder le corps féminin, que ce soit le mien ou celui de l’autre, avec autant de détachement. Le contact est devenu asexué. Il a laissé la place au don de soi, dans le toucher du massage et de la caresse énergétique. Un don de soi dans l’action et dans l’accueil. Avec soi et avec les autres. Un vrai cadeau que nous nous sommes donnés, les filles.

Pourtant, je regarde les femmes depuis toute jeune. Je les désire, je les ai approchées aussi tôt que les garçons. Je ne me suis jamais sentie lesbienne pour autant. D’aussi loin que je me souvienne, et cela a commencé à la maternelle, j’ai toujours été attirée par les garçons et réciproquement. J’ai très vite joué au papa et à la maman. Mais avec des filles aussi, où je jouais le rôle de garçon. Toutefois, la bisexualité n’étant pas aussi évidente à pratiquer pour moi, je n’en suis restée qu’à quelques caresses très soft à différentes périodes de ma vie, un baiser volé à l’adolescence, point. Tout en sachant qu’un jour je goûterai aux femmes, ces êtres qui me fascinent autant qu’elles me font peur.

Cela me rend maladroite et indécise, prostrée et frustrée. Je ne sais comment m’y prendre, alors que je suis tellement plus à l’aise dans l’approche aux hommes. Dans le même temps, je n’ai pas envie d’être lourde, insistante, voire harcelante. Alors, même quand la femme me fait de gros appels du pied, il me faut presque une confirmation officielle pour franchir le pas. Je trouve les femmes assez passives, elles se laissent désirer et charmer, tout en montrant des signes parfois flous d’attirance. Je me demande souvent comment les hommes font pour aborder les femmes… comme quoi tous mes aspects masculins ne sont pas développés.

La femme était un fantasme sexuel pour moi. Beaucoup d’envies mêlées à de l’appréhension : je ne savais pas si j’allais aimer. Ma première rencontre féminine sera en trio, qu’à cela ne tienne. La confirmation est venue très vite au gré de mes rencontres une à une. Inscription sur un site de rencontre libertin, en femme seule pour les femmes, j’écris : « Je cherche pour moi seule des complices sensuelles, aimant se mettre en scène, jouer, jusqu’au bondage que je pratique. Je suis active et passive, car j’ai autant de plaisir à donner qu’à recevoir ».

La réconciliation

De la fascination imbibée de rejet, du mystère entouré d’incompréhension, je me suis enfin apprivoisée mon yin. Mes réserves ont laissé la place à une certaine fragilité, en acceptant mes difficultés d’abord, puis en laissant aller mes émotions. Si j’étais aussi effrayée par la femme, c’est que je porte en moi toute la souffrance des lignées de femmes qui m’ont précédées. Mais aussi toute la puissance en sommeil, toute la force de vie. C’est revenu encore une fois à ma conscience, sous la forme d’une tornade. J’ai respiré profondément, j’ai grimacé et j’ai enfin laissé couler les larmes. Au bout de trois jours, j’ai su que ces femmes venaient de me réconcilier avec ma femme intérieure. Enfin…

Gratitude à vous, les femmes, si belles dans leurs émois, si fortes dans leurs fragilités, si douces dans leurs déterminations.

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