Je pars parce que je me manque

Je pars parce que je me manque. Ce n’est pas la première fois, et ça sera peut-être la dernière. Je dis ça à chaque fois, et je recommence. Jusqu’à ce que je comprenne. Avant je partais pour quelqu’un, maintenant je pars pour moi. C’est différent, et finalement pour quelqu’un, c’était aussi pour moi, pour vivre autre chose, explorer et continuer à découvrir. Je pars parce que je ne respire plus, j’ai perdu mes élans, mes envies et mes joies de vivre. Je m’éteins chaque jour, ligotée dans cette toile d’araignée qu’est aujourd’hui pour moi le couple exclusif. La toile s’est tissée au fil des semaines, toujours plus dense, toujours plus privative de cette liberté qui m’est si précieuse. Je sens l’étau se refermer, et je m’en extrais avant de me perdre à nouveau.

Je pars pour me retrouver, parce que j’ai essayé d’être célibataire en couple, et en trouple aussi. Sans succès. Pour conserver mon indépendance, mon intégrité individuelle, je m’interrogeais à faire comme si j’étais célibataire, pour ne pas me noyer dans la relation. C’est tenir compte de l’autre, en partant de mes envies en priorité. Et non gérer ma vie en fonction des envies de l’autre ou de la relation. Mais tout cela dépend de l’angle de vue, de la position. Il y a 5 ans, je voulais être la priorité de l’autre. Et j’avais en face de moi quelqu’un qui gérait sa vie en fonction de ses envies, non du couple et encore moins de moi. Et je ne le supportais pas. Parce que je voulais être le centre de son univers, puisqu’il était le centre du mien. Les choses ont bien changé en 5 ans. Par suite de travail personnel, lectures, consultations, pratiques de relaxation, lâcher prise et autres séances d’hypnose. Il y a 2 ans, j’ai aussi été quittée par un homme dont j’étais très amoureuse car il n’était pas le centre de mon univers. Aujourd’hui, je ne veux être responsable que de mon bonheur, et ne pas sentir que le tien dépend de moi.

Au début, le champ des possibles est si large et si enthousiasmant : on se dit polyamoureux, libertin. On aspire à offrir cette liberté de vivre nos envies, et à recevoir cette liberté. C’est le postulat de départ. On accepte volontiers toutes les autres relations actuelles ou qui se présentent, on leur accueille. On en parle, on les partage aussi quand c’est possible. Parfois, ça peut piquer, mais de manière acceptable et vivable. C’est même rassurant, le signe qu’on est vivant et l’occasion de grandir encore de nos blessures. Et puis, sous prétexte de « tomber amoureux », au fil des mois, plus grand-chose ne devient possible. Au nom de l’amour, je m’autorise à priver l’autre de sa liberté. Et de faire fi des principes établis à la base de la relation, de toutes ces notions de propriété d’usage et d’abondance affective. Balayés d’un revers du cœur. On veut tout partager avec l’autre, être inclus dans ses rencontres, d’une manière ou d’une autre. Il n’est plus toléré d’avoir des amants seuls, alors encore moins de pouvoir en aimer d’autres. Mais cela ne vient pas d’un coup, non. Et si on n’y prête pas attention, si on ne reste pas aligné sur ses envies propres, on risque de se perdre dans un dédale de considérations de plus en plus éloignées du postulat de départ, sans s’en rendre compte. Et finalement même réussir à trouver ça normal. Sauf que l’étau se resserre… chaque jour un peu plus que la liberté disparaît.

L’amour inconditionnel, s’il existe, n’est pas en relation amoureuse. Car dans celle-ci, l’amour est conditionné à ce que la relation nourrit, apporte. Il grandit à la découverte de l’autre quand il nous inspire, nous stimule, nous accompagne sur notre chemin. Or, la sensation de perdre la liberté d’être et d’agir m’enferme dans un étau qui empresse le cœur, fait fuir mes envies, mes élans et l’amour finalement. Oui, parce que je parle au « on » et je fais des phrases généralistes, tout en continuant à parler de ce que je vis et ressens. Mon amour était donc conditionné à ce champ des possibles d’exploration dans une relation ouverte, en trouple et plus si affinités, et uniquement à cela. Tout le reste n’est que l’habillage de la mariée. La liberté lacérée à coup d’histoires qui font mal, le souffle en est coupé, le cœur serré, je ne respire plus. Je ne vis plus, je m’éteins lentement pour ne plus que lui appartenir. Il est temps de partir.

2 commentaires sur « Je pars parce que je me manque »

  1. Bonjour LadyErell
    Merci pour ce magnifique texte d’amour vrai.
    Cela me correspond exactement
    Exactement comme le décrit aussi Françoise Simpère dans son livre « il n’est jamais trop tard pour aimer plusieurs hommes ». Je dirais qu’il n’est jamais trop tard pour prendre conscience de soi-même et même de soi-m’aime.
    Je suis le même chemin.
    Bonne route vers toi.
    Frédéric.

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